Preuves Ordinaires

Exposition à la Maison Folie de Wazemmes, Lille
Centre Régional de la Photographie du Nord Pas de Calais
Avril 2006

« En marchant dans les rues de Paris j’ai rencontré des dizaines de personnes endormies, étalées sur le sol en pleine journée. Je les ai photographiées systématiquement pendant une année. Ces gens n’ont semble-t-il plus rien à partager avec ceux qui sont debout et actifs. Brisés, épuisés, abandonnés à un sommeil qui peut parfois ressembler à la mort, ils s’exposent au regard de tous dans ce moment d’intimité que l’on passe habituellement dans un lit, protégé par une chambre, un appartement, un immeuble.

D’abord m’arrêter et me forcer à les regarder malgré la présence des autres et parfois une sensation de répulsion et de douleur. Mon regard se construit peu à peu. Créer un espace entre les dormeurs et moi, par respect pour eux et pour éviter d’instrumentaliser celui qui regardera l’image. Exclure du champ de la photo les passants qui circulent sans nous voir. Prendre la photo rapidement comme un constat.

J’accumule ces images au fil des mois, et les observe une à une ou côte à côte : 10 – 20 – 40 -100. Je tente de découvrir un peu de la personnalité de chacun en détaillant la photo. Quelle est leur histoire particulière? Comment en sont-ils arrivés là? Depuis combien de mois sont-ils dans la rue? Vêtements, sacs, objets personnels donnent quelques indications.

J’établis peu à peu une sorte de typologie des postures. Certains tentent de recréer un espace intime avec un sac pour oreiller, une vieille couverture en guise de matelas, une arête de marche en pierre pour bordure de lit. D’autres retrouvent des gestes de l’enfance avec les deux mains glissées sous la joue. D’autres se cachent le visage sous un tissus. D’autres encore semblent être tombés d’un coup en travers du trottoir sans pouvoir délimiter leur espace.

La présence de ces corps au sol m’incite aussi à voir les lieux autrement. Fragments de mobilier urbain, revêtements des sols variés avec empreintes et souillures de toutes sortes, perspectives des rues absentes. Je ne regarde plus la ville la tête haute ». Marc Petitjean

Collection: Centre Régional de la Photographie du Nord Pas de Calais

Voir la vidéo:

http://www.marcpetitjean.fr/films/preuves-ordinaires/